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Sìneag

Chapitre 1

 

         Loch Ness, 517

 

            — Sìneag ! crie Eithne, ma sœur fée. Viens, viens voir !

            Je lève la tête. J’étais en train d’user de mes pouvoirs magiques pour apporter l’énergie de l’été à des plants de lavande. Nous aidons les plantes et les animaux en difficulté, nous les dryades. Il nous arrive parfois d’aider les gens. La plupart du temps, nous nous amusons à les regarder et à leur jouer de petits tours. Ils nous fascinent, mais c’est un secret.

            Assise dans le feuillage d’un chêne, Eithne regarde deux cavaliers qui progressent sur la route qui longe ce que les humains appellent le Loch Ness, en direction de la colline fortifiée d’Urquhart. Des collines verdoyantes entourent le loch, bleu et calme, qui reflète le ciel.

            Curieuse, je m’empresse de rejoindre Eithne pour les observer. C’est un homme et une femme ; ils se parlent et rient. Il a les épaules larges, et ses longs cheveux noirs sont attachés sur sa nuque par une ficelle de cuir. Sa barbe huilée fraîchement taillée lui arrive au milieu du cou. Il est torse nu, et les muscles fermes de son ventre et de son bras droit sont ornés de motifs bleus.

            — Il est beau, dit Eithne.

            Aye[1], c’est vrai.

            Il est si beau que c’en est presque douloureux, avec ses épais sourcils droits au-dessus de ses yeux noirs enfoncés. Ses traits sont linéaires : son nez est droit, ses pommettes sont hautes, sa mâchoire visiblement carrée sous sa barbe.

            — Un maçon ? demande-t-elle.

            Il a le symbole d’un marteau sur le bras gauche. Cependant, les motifs autour de son bras droit — un mélange de croissants, de cercles, de lignes et de vagues — me disent qu’il est aussi autre chose.

            — Un druide ? marmonné-je.

            Cela pique ma curiosité. Bien que mon peuple soit invisible aux yeux des humains normaux, les druides peuvent nous voir s’ils parviennent à jeter un sort assez puissant.

            Maçon et druide ? C’est fort inhabituel, étant donné qu’ils n’appartiennent pas aux mêmes classes sociales.

            — Et un guerrier, ajoute Eithne.

            Aye, il y a une épée dans le fourreau dans son dos, et il porte une hache à la ceinture…

            Il m’attire. Je ne saurais expliquer pourquoi. Quelle est donc cette sensation dans ma poitrine ? Mon ventre se réchauffe et se contracte. La façon dont il sourit à la femme, le regard brillant, comme si elle était le soleil, la lune et la rosée du matin… Cela ne me plaît pas.

 ….. 

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